Toiles de Van Gogh et Gauguin contre cloître médiéval ont permis à la famille Fayet-d’Andoque d’acquérir l’abbaye.
Lors de la Révolution française, l’abbaye, l’une des plus riches et mondaines de France, a échappé à l’inventaire des Biens nationaux. Premier « miracle » qui lui évite de connaître le sort peu enviable de finir en carrière de pierre, à l’instar de certains de ses semblables. Le deuxième consiste en la personne d’un premier mécène qui se ruine pour lui épargner les affres de l’abandon, au XIXe siècle. Le plus récent, enfin, de ces « miracles » sera celui de son acquisition et de sa restauration par Gustave Fayet en 1908. Esthète, artiste touche-à-tout, correspondant de Gauguin qui l’interpelle par un « Vous, peintre… », ce Biterrois était l’un des plus grands collectionneurs d’art impressionniste au monde. Il a vendu quasiment toutes ses toiles pour sauver Fontfroide, qu’il connaissait pour avoir résidé à côté.
Gustave Fayet et son épouse, Madeleine, font de Fontfroide une colonie d’artistes Belle Epoque. Sont passés Bauzil, George-Daniel de Monfreid, Aristide Maillol, les compositeurs Maurice Ravel et Déodat de Séverac. Traces visibles de cette période : les vitraux de René Billa, alias Richard Burgsthal, puzzle de verre colorés qui ont fait l’objet d’une récente restauration.
Hélas invisibles puisque inaccessibles au public, les panneaux peints d’Odilon Redon, Le Jour et La Nuit, qui décorent la bibliothèque de l’abbaye, sont considérés comme son œuvre la plus ambitieuse. Elle fut réalisée à Paris et sur place, à la demande de Gustave Fayet. On peut se consoler avec des reproductions. Depuis 2006, une salle Fayet a été ouverte à Fontfroide, qui permet de découvrir l’œuvre (notamment d’étonnants tapis), baignée par le symbolisme, du sauveur de Fontfroide.
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