Le Massif forestier des Maures constitue, avec celui de l’Estérel, un cas géologique particulier : ce sont les seuls massifs de nature cristalline dans l’ensemble de la Provence calcaire. A ce titre, leurs paysages présentent bien des similitudes avec ceux de la Corse.
Si représentatif des forêts méditerranéennes, il constitue un patrimoine naturel de grande valeur, mais aussi de particulière fragilité. Il est, en effet, marqué par les cicatrices des nombreux incendies qui l’ont parcouru ces dernières décennies. En 2003, ce ne sont pas moins de 20 000 hectares de maquis et de bois qui sont partis en fumée en quelques jours. Véritables désastres écologiques, trop souvent aggravés de drames humains, ces sinistres trouvent leur source dans une trop grande inflammabilité et combustibilité du maquis. Depuis les années 1950 et 1960, les activités sylvo-agro-pastorales y ont quasiment disparu, permettant à un maquis particulièrement inflammable de s’étendre sur tout son territoire. Le Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM) vient une nouvelle fois de souligner à quel point, dans cette région, l’exode rural et l’abandon des grandes surfaces agricoles ont pu contribuer à l’accumulation de combustibles forestiers, cause première des grands incendies. Dans l’ensemble des pays méditerranéens, la superficie des zones brûlées a plus que doublé depuis les années 1970 et il ne fait pas de doute que le changement climatique en cours ne ferait qu’aggraver cette évolution. Prévention, l’arme vitaleJusque-là, la réponse apportée a consisté essentiellement à renforcer les moyens de lutte contre les incendies pour limiter les départs de feux et les surfaces brûlées grâce à une augmentation des moyens humains terrestres et aériens mis à la disposition des pompiers. Il est certain que la nécessité de disposer de moyens adaptés s’impose quand le feu fait rage. Cependant, nombreux sont les propriétaires forestiers et les spécialistes à remarquer qu’une concentration des moyens visant seulement à lutter contre l’incendie déclaré ne peut éviter à nos forêts, à terme, une catastrophique dégradation. Tous reconnaissent que l’accent doit être mis sur la prévention via la réduction de la matière combustible et inflammable, c’est-à-dire le maquis. Pour cela, ils prônent une revitalisation du massif forestier avec réintroduction de l’homme et des activités de sylvo-agro-pastoralisme, de travaux d’aménagement de vastes coupures agricoles et d’équipements hydrauliques. A défaut, on se contentera de mesures de protection et de lutte forcément dispendieuses et qui ne pourront mettre ces espaces à l’abri lorsque les jours de mistral, par grande chaleur et sécheresse estivale, les imprudents, les pyromanes, les machines agricoles et autre engins déclencheront l’étincelle fatale dans ce milieu végétal si propice à l’embrasement. Trop souvent encore, touristes ou autochtones font preuve d’une méconnaissance toute particulière du danger des feux et de leurs conséquences : au mois d’août, j’ai vu le conducteur d’un camping-car jeter son mégot par-dessus bord à l’entrée de Cogolin ! Récemment, à Ramatuelle, un feu a été déclenché par l’imprudence d’un riverain qui débroussaillait en dehors des périodes autorisées. Une étincelle a jailli lorsque la lame a rencontré une pierre, embrasant la végétation. L’information, les campagnes de sensibilisation contribuent, certes, à augmenter la vigilance, mais ce n’est pas suffisant. Réinvestir la forêt pour mieux la protégerDans le cadre des travaux du Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes, le président de l’Association internationale des forêts méditerranéennes, Mohamed Larbi Chakroun, note qu’en Algérie le maintien de la filière bois, associé aux activités agricoles et pastorales, permet de contenir de façon significative les surfaces parcourues par les feux. Il précise en outre que tel n'est pas le cas dans les pays du nord de la Méditerranée où, bien souvent, le recul des terres agricoles, le désinvestissement des propriétaires forestiers pour raison de non-rentabilité, ont entraîné une importante régression des pratiques sylvicoles et une quasi-disparition des activités agricoles. C’est aujourd’hui une certitude : pour éviter l’anéantissement des surfaces forestières été après été – et ce malgré le déploiement de soldats du feu de plus en plus efficaces –, il faudra bien que l’être humain réinvestisse la forêt, dans tous les sens du terme. Une forêt entretenue et exploitée, qu’il s’agisse de châtaigneraies, de subéraies, est non seulement plus belle, mais brûle beaucoup moins. Les chèvres qui paissent dans les sous-bois nettoient la végétation et donnent de délicieux fromages. Le liège des forêts varoises était particulièrement réputé pour sa qualité. Pourquoi ne le redeviendrait-il pas ? A l’ère des constructions Haute Qualité environnementale, on redécouvre les vertus de cet isolant naturel. Faudrait-il accepter que le Massif continue à s’enflammer pour s’apercevoir, demain mais trop tard, qu’il constitue un patrimoine culturel, écologique et économique irremplaçable ?
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