De sa ferme joliment aménagée à flanc de pente sur les hauts de Saint-Martin-d'Arc, Lucienne Zinant rencontre bien du monde. Non seulement dans le gîte qu'elle anime, mais surtout lors des veillées où la conteuse perpétue les histoires transmises par des générations de paysans mauriennais.
Il était une fois une Albannoise de souche, devenue guide accompagnatrice diplômée et professeur au lycée de la montagne de Saint-Michel-de-Maurienne. On l'appelait Lucienne Zinant. Cette quinquagénaire puisait dans les rebondissements de son existence la trame nourricière de contes et légendes spectaculaires. Là-haut, dans le seul bureau de tabac et bistrot de son village natal d'Albanne, celui que tenait sa mère Marguerite, les repas des premiers ouvriers venus aménager les prémices de la station des Karellis donnaient déjà écho à la transmission orale. " De quoi parlait-on ? Du diable, rien que du diable ", disait Lucienne Zinant. « Et du curé aussi ». Car ce dernier, pourtant respecté par les gens des champs, était suspecté d'agiter quelques magies noires pour ramener au droit chemin les fidèles égarés, tels ceux qui osaient danser au bal !
Présidente fondatrice de l'association d'animation du canton de Saint-Michel-de-Maurienne après des années de voyage aux quatre coins de France, Lucienne Zinant savait des faits. La légende raconte qu'elle collecta les dires de nombreux aînés, dans leurs patois de là. Elle en apprit même l'existence des « foelloenes », ces femmes poilues et basanées qui ne sortent que la nuit des « bournes » (grottes) d'Albannette pour aller chaparder dans les fermes. Mi-sorcières mi-princesses, ces mystiques voyageuses avaient appris aux femmes du pays à faire le beurre et la tomme. Elles leur auraient volontiers enseigné l'art des bougies et de la céramique aussi, mais les « foelloenes » n'ont jamais supporté que ces pipelettes d'Albannoises se vantent de leurs acquis au jour du marché de Saint-Michel-de-Maurienne. Depuis, nul ne sait ce que devinrent les « foelloenes ». Sauf peut-être Lucienne Zinant !
A lire et à entendre
Outre ses conférences auprès des séjournants des centres de vacances de Valmeinier, des randonneurs du Parc de la Vanoise, des scolaires lors de semaines pédagogiques, sur la sensibilité des espaces naturels ; Lucienne Zinant a signé 3 livres aux éditions La fontaine de Siloé. Au pays de Margot raconte les souvenirs d'une paysanne d'Albanne, sa mère Marguerite, au début du siècle. Graine de paysan est, lui, un roman inspiré de faits réels. Dernier paru, la Veillée chez Menthine rassemble des contes traditionnels de Maurienne.
Treck népalais !
Fille de paysan musicien, Lucienne Zinant a connu la vie rude des saisons agraires d'après-guerre, et ses soirées partagées. De ses remontées à pied depuis la pension du lycée de Saint-Jean-de-Maurienne, été comme hiver, elle conserve un goût prononcé de l'aventure ; et organise chaque printemps et chaque automne des treks au Népal, au Yémen, au Pérou ou au Maroc en lien avec les populations locales. Histoire de veiller aussi autour des feux de camp de bouses de yacks en partageant les histoires du Yéti.
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