Profession : hydrogéologue. Bernard Bonhomme est le meilleur observateur des glaciers des Ecrins. Il est partagé entre le recul des scientifiques et la crainte de l'amoureux.
Ses laboratoires se trouvent au Bureau des recherches géologiques et minières de Villeurbanne, dans le Rhône. Mais les yeux et le cœur de Bernard Bonhomme, hydrogéologue spécialiste du climat, se posent ici. Il a rénové une bergerie d'altitude, au col de la Pousterle, un observatoire naturel, "in vivo". Hiver comme été, il rejoint le chalet des Hautes-Terres, qui accueille les randonneurs autour de repas roboratifs et chaleureux. De ce nid d'aigle, il parle mieux que quiconque de la géologie. Et du grand sujet du moment...
"Voyez, des mélèzes ont commencé à pousser 200 mètres plus haut qu'à l'altitude où on les rencontrait naguère. La nature est fondamentalement opportuniste. Elle procède par bonds", s'émerveille presque le scientifique. C'est l'un des signes de l'actuel réchauffement.
Jusqu'ici, l'alternance d'hivers rigoureux et d'étés ensoleillés marque la particularité du climat local. "Les glaciers du massif des Ecrins provoquent un panache froid et humide à l'origine de notre bon enneigement. Si la période que nous connaissons se prolonge, alors la donne pourrait changer", s'inquiète Bernard Bonhomme.
Au début du XXe siècle, les glaciers Blanc et Noir se réunissaient au Pré de Mme Carle. Ils ont commencé à diminuer vers 1920. Ensuite, malgré une période de refroidissement de 1970 à 1980, ils n'ont cessé de reculer : la confirmation d'un indéniable réchauffement climatique. "Mais ce n'est sans doute pas le premier dans l'histoire de la région, nuance Bernard Bonhomme, car on trouve des traces d'habitat datant du Moyen Age qui indiquent que le climat n'était pas moins clément qu'aujourd'hui."
Et pour ne pas perdre de vue que la grande histoire du climat se joue sur des millénaires, le spectacle grandiose des vallées érodées par des mers de glace soutient son discours.
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